China Miéville, vous connaissez?

Mon rythme de publication est extrêmement inégal mais j’avais envie de parler un peu de lecture. Surtout vu tout ce que je dévore ces derniers temps. Et surtout de consacrer un peu de temps à China Mièville que j’avais rapidement évoqué dans un article il y a presque un an de cela. Et je dois dire que du Miéville, j’en ai dévoré depuis… Une petite présentation de cet auteur et de ses écrits me semblait donc utile, d’autant que je ne peux que vous conseiller d’en lire.

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Donc, China Miéville, c’est un auteur anglais que l’on case généralement dans le courant du new-weird (lisez du Jeff Vandermeer d’ailleurs). Il a une littérature de genre (SF/fantasy/horreur/polar) qui se veut clairement auteurisante et intellectualisante. Ses inspirations (il le dit et à la lecture c’est très clair) ça tire surtout vers du Lovecraft et du Moorcock. Autres éléments importants de sa biographie qu’il me semble utile de préciser puisque ça se sent parfois à la lecture : Vandermeer est etnologue de formation et trotskiste revendiqué (il s’est d’ailleurs présenté plusieurs fois).

Premier livre que j’ai lu de lui : Kraken. Alléché par le résumé (Alors qu’un kraken géant a disparu du musée, un guide se lance à ses trousses dans un Londres), ça a été une excellente découverte. Proche de Gaiman (Neverwhere) et Moorkock (Mother London) mais avec une identité propre. Moi qui adore tout ce qui tourne autour du concept de la ville j’ai été gaté. Il parvient clairement à l’animer d’une vie extrêmement riche. Le style de Miéville est clairement posé : un univers compliqué dans lequel il nous balance sans préavis et avec un style riche et unique, plein d’inventions littéraires. Rétrospectivement, c’est un de ses livres les plus simples d’accès et un des moins originaux. Une bonne porte d’entrée potentielle.

Quelques temps après, j’ai enchaîné avec The City and the City (dont j’avais déjà parlé de l’adaptation en série, dans le même article que celui où j’avais évoqué Miéville d’ailleurs). Il s’agit cette fois d’un polar qui se déroule dans deux villes qui se trouvent au même endroit mais dont les habitants de chacune sont habitués à occulter l’autre cité (oui, je sais). C’est assez rude de rentrer dedans et de s’habituer à cet univers mais une fois qu’on y parvient, on est happé et on ne peut plus le lâcher. Ce que j’avais déjà un peu ressenti dans Kraken est exacerbé. Le style unique et le travail sur la langue. La volonté de prendre une situation assez classique et de la transposer dans un univers décalé.  La place de la ville. L’aspect rude au début et extrêmement gratifiant à terme. C’est là que j’ai compris qu’il fallait absolument que je lise beaucoup de ses bouquins et que la folie est partie.

J’enchaîne donc sur Merfer (cf. ancien article). Toujours la même histoire, toujours les mêmes qualité. Et probablement l’univers le plus cool de ceux décrits par Miéville : un monde post-apo entièrement recouvert d’une mer de chemin de fer qui mène (parfois) dans des îlots de vie. Des trains naviguent sur ces voies, chassant d’énormes bêtes légendaires…

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Je me résous à enchaîner avec Perdido Street Station, probablement le plus acclamé des bouquins de Miéville. J’avoue que je rentre dedans avec un peu d’appréhension parce que c’est du méd-fan et que j’ai souvent du mal à accrocher aux bouquins du genre, lassé que je suis des poncifs du genre. Mais là on en est loin. On suit un universitaire (humain) et sa compagne, une artiste femme-insecte dans une métropole tentaculaire (encore un bouquin urbain). Le choix de deux héros non-combattant dans ce style d’univers est déjà une bénédiction. Et contrairement à ses autres livres, pas de temps d’adaptation pour moi. Je rentre dedans et j’adore. L’intrigue est extrêmement riche et dense mais se tient toujours. Les thématiques abordées (politique, transhumanisme, place de l’art,…). C’est juste une merveille qui reste en tête comme un excellent whisky qui reste en bouche. Des mois plus tard et j’ai encore en mémoire ce bouquin et j’en tire encore de nombreux éléments.

Je me décide à revenir sur des bouquins plus récents de Miéville avec Celui qui dénombrait les hommes. Dur de le résumer celui-là, je passe mon tour. Et c’est une autre sorte de claque. Le plus déroutant de tout ces bouquins. Très court, on passe son temps à essayer de raccrocher les morceaux alors qu’il ne se passe finalement pas grand chose. Et on en sort avec plein de questions, plein d’interprétations et l’imagination qui part dans tous les sens. Même pour Miéville, c’est bizarre, tant dans le fonds que dans la forme. Un choc. J’en sors en me disant qu’il a volontairement essayé de produire un livre extrêmement littéraire et que ses envies en tant qu’auteur ont peut-être un peu changé.

J’enchaîne ensuite sur Les Derniers Jours du Nouveau-Paris, son dernier bouquin. Un des pitchs les plus tarés que j’ai jamais lu : 1950. Dans Paris occupé, les œuvres surréalistes ont pris vie et combattent les démons et leurs maîtres nazis aux côtés de la Résistance. 1941. À Marseille, André Breton et ses pairs s’apprêtent à fuir la France quand débarque un ingénieur américain bien décidé à stopper Hitler par tous les moyens – y compris occultes. Oui. C’est timbré. C’est génial. J’ai adoré. Et pourtant je pense que c’est le moins bon bouquin que j’ai lu de Miéville. On assiste finalement à un enchaînement de scène prétextes à un scénario assez basique. Le contenu est terriblement pauvre et vide. Mais l’idée de départ est tellement folle et le travail sur le surréaliste (on croise de nombreuses « œuvres » animées et chacun de ces œuvres est référencée et sourcée) arrivent pourtant à compenser ces énormes défauts pour moi. Ça rejoint assez mon avis pour Celui qui dénombrait les hommes tant on sent chez l’auteur une volonté de produire un bouquin intello.

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Révolution pour la suite, de la non fiction avec La Chute de Londres qui est un pamphlet politique sur l’état de la capitale anglaise. Il se présente comme une balade dans la ville underground et oublié des pouvoirs et des médias. Ça parle inégalité, racisme, fragmentation du tissu social et volonté de changement. Lire ça après les mouvements de protestations dans la ville, les JOs, l’élection de Sadiq Khan et en plein Brexit est juste passionnant.

On repart sur du plus léger ensuite avec Légationville, de la SF urbaine où les humains cohabitent avec d’étranges xénos incapable de mentir. L’équilibre est bouleversé par l’arrivée d’un nouvel ambassadeur. Deux sujets pour ce livre, les deux sujets indispensables chez Miéville s’il en est : la politique et le rapport à la langue qui est là central. Comme d’hab, on galère pour entrer dedans puis on ne peut plus le lâcher. Du pur Miéville.

Voilà pour le moment. Lombres attends déjà sur ma pile de bouquin à lire mais je fais une petite pause. En attendant, je ne peux que vous conseiller de vous pencher sur cet auteur, très atypique et réellement passionnant.

En bonus quelques videos :


Bon, et un peu de vrac pour évoquer d’autres de mes occupations :

  • Bouquin : Ce que cela coûte : un journaliste sportif qui suit un boxeur (et son entraîneur) tout au long de sa préparation avant LE match de sa vie, pour le titre. Je ne suis pas un amateur de boxe (sauf au cinéma) mais j’ai adoré ce livre, extrêmement bien écrit et passionnant tout du long. Et comment ne pas parler du magnifique travail éditorial effectué (une fois de plus) par les éditions Toussaint l’Ouverture?
  • Bouquin : Antartica : un magnifique livre photo sur l’Antartique. Les photographies sont justes superbes et extrêmement dépaysantes, qu’elles se concentrent sur les animaux ou les paysages. Un léger regret éventuellement sur les textes qu’ils expliquent correctement restent assez simplistes (mais ce n’est pas l’essentiel sur un tel livre).

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  • Jeu de rôle : Terra X : du post-apo sur une terre xenoformé où humains et extraterrestres cohabitent. Un jeu indé français de qualité. Un univers très complet et plein de pistes enthousiasmantes. Une ambiance post-apo/western bien prenante. Un système et une façon de jouer bien old-school. Et plein de tables dans tous les sens pour aider le MJ. Un jeu que j’ai depuis un moment et qui me plaît énormément. Je viens de le relire et de lancer une partie via forum.
  • Jeu de rôle : Les Carnets zoographiques du Capitaine Lalande Un bestiaire à visée post-apo écrit comme une étude zoologique du 19e siècle. Par Le Grumph, le même auteur que Terra X, je ne peux que vous conseiller de vous pencher sur ses écrits. Un régal à lire et une mine d’inspiration.

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  • Catch : j’en regarde beaucoup depuis le début de l’année mais la Chikara (que j’avais déjà présenté en détail l’an dernier) reste ma fédération favorite. Depuis août dernier, on a eu un excellent tournoi de trois jours (plein d’émotions et de bons matchs) en septembre dernier qui a permis de capitaliser sur toute la fin 2018. Début 2019, ça ronronnait un peu mais début avril, on a eu le droit au meilleur événement (nommé Once Upon A Begining) de la Chikara depuis un bon moment.
China Miéville, vous connaissez?

Muses et Oracles

Ouais, ouais, j’ai pas posté pendant quoi? Sept mois. Mais j’avais pas grand choses à dire d’intéressants. Ou pas de temps. Ou pas de motivation. Mais d’autres avaient tout ça et ont fait plein d’articles.

Mais je ne suis pas là pour faire de la pub mais pour causer un peu de jeu de rôle et de l’une de mes dernières acquisitions : Muse et Oracle.

Qu’est ce que c’est que Muse et Oracle?

C’est une sorte de couteau suite du jeu de rôle qui peut servir à la fois de:

  • Stand alone solo
  • Stand alone en groupe sans MJ
  • Stand alone classique
  • Aide de jeu d’improvisation pour n’importe quel jeu (voir même pour l’écriture hors jeu de rôle).

Comment ça marche Muse et Oracle?

C’est basé sur un paquet de cartes sur lequel on retrouve énormément d’informations. Jugez plutôt :

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On a donc dessus, énormément d’aide à l’inspiration (mots clefs, qu’ils soient divers ou thématiques, noms, adjectifs ou verbes, un symbole,…), des résultats de jets de dés et un mot en haut à gauche qui permet de savoir si une action réussi (à base de Oui et…, Oui, Oui mais…, Non mais…, Non, Non et…).

Et dès que le MJ a besoin/envie d’aide à l’inspiration (ou de se laisser surprendre), il se pose une question et tire une carte. Par exemple, pour un PNJ, on peut faire les questions/réponses suivantes :

  • Quel est son métier? Charlatan (cf. la carte exemple ci-dessus)
  • Quel est son trait fort? Imperturbable
  • Qu’est ce qui le motive? Changer de vie.

J’ai envie d’un nouveau lieu. Une carte, un gouffre (cf. la carte exemple ci-dessus). Naturellement, si la carte ne convient pas, on peut en tirer une nouvelle. Ou adapter légèrement.

A la lecture je suis convaincu et je pense le tester intensivement dans les temps à venir :

  • En solo dans le train pour quand j’aurais plus envie de ça que de lire, regarder une série ou jouer sur ma tablette.
  • En soutien à mes parties classiques qu’elles soient IRL (j’en ai une samedi d’ailleurs, je prendrais Muses et Oracles avec moi) ou sur jdroll.
  • De façon intensive pour une petite partie de Nobilis que je vais mener pour ma femme.

Un petit exemple d’utilisation intensive ?

Bien sûr. Pour le moment, j’ai fait une création d’univers et de personnage. Voilà à quoi ça ressemble (quand un élément est en bleu, c’est du au tirage de carte ou sur une table aléatoire fournie par le jeu) :

  • Feuille de partie
    • Univers : Post apo. Origine de l’apocalypse : Maladie, que je détaille en une sorte de lèpre.
    • Ton : sérieux. Épique.
    • Thème : l’intolérance
    • Situation dramatique : être audacieux
    • Axiome (des éléments qui me viennent à partir des points précédents) :
      • [santé] maladie virulente a ravagée la population
      • [urbanisme] grands centres urbains désertés
      • [société] anciens malades survivantes sont marqués (tatouages) et rejetés (pour aller avec l’intolérance)
      • [faune] animaux porteurs sains
      • [écologie] nombreux accidents industrielles
      • [économie] à l’arrêt, on se tourne vers des écosystèmes locaux
    • Situation de départ.
      • Je tire 3 mots et obtient [honneur], [traversée] et [occultisme].
      • De là, j’en tire une base « Un oracle lui a prédit qu’il devait aller de l’autre ôté de la mer pour tenir une promesse ».
  • Personnage :
      • Nom : je tire [limpide] et [plante] et en tire un Liman Plank qui me plaît bien.
      • Rôle : je tire Mécanicien + énervé. Parfait.
      • Descripteur :
        • Passionné de mécanique
        • La négociation chevillée au corps (je voulais un truc qui pouvait aussi desservir au perso, ça me semble convenir)
        • Artificier amateur
      • Problème personnel : Ne peut supporter une injustice.
      • Motivation :
        • Première carte : Découvrir ce qui est arrivé à
        • A qui? Deuxième carte : sauveur/sauvé
        • J’en tire : Découvrir ce qui est arrivé à la petite fille de son sauveur. Ainsi, je peux le relier à la situation de départ (la promesse a été faite à son sauveur, nouvellement décédé)
      • Apparence : Piercing et cheveux roux.
      • Question que j’ajoute : A-t-il été touché par la lèpre? Non mais l’épidémie a touché toute sa famille. Lui seul a été épargné. J’enchaîne avec : Un vieux mécaniciens l’a recueilli.
      • Relation : Pour chacune, je tire une carte pour savoir si elle est neutre, positive ou négative :
        • [neutre] N’a jamais quitté sa communauté (probablement un village anglais au cœur des terres)
        • [positive] rend service en douce à un groupe de pirates de la route.
        • [négative] embrouille avec le fils du chef [Prince].

     

Muses et Oracles