BD et super en Europe

Un petit article pour parler du travail d’un des auteurs français que j’apprécie particulièrement en ce moment : Serge Lehman. J’ai lu, pour le moment, trois de ses séries :

  • La Brigade chimérique (six tomes)
  • Masqué (quatre tomes)
  • Metropolis (deux tomes sortis à ce jour pour quatre prévus)

Les supers en Europe

La Brigade chimérique, c’est pour moi la source des deux autres. La première guerre mondiale a créé des supers-héros un peu partout en Europe et la population dans son ensemble (écrivains, scientifiques,…) est fascinée par eux. Le principe est de reprendre des héros de la littérature populaire du début du 20e et de les faire se croiser dans cet univers. Parmi les plus connus on retrouve Harry Dickson, Le Golem ou encore Gregor Samsa « Le Cafard » mais les plus intéressants sont probablement ceux qui sont un peu oubliés de nos jours et qui sont ainsi remis au gout du jour (je pense particuliérement à Léo Saint-Clair « Le Nyctalope » et à Félifax). Cela nous montre que l’Europe a aussi sa culture des super-héros et que même si elle diffère par certains points, on retrouve de nombreux éléments communs avec les personnages américains. D’ailleurs, Superman vient faire un petit coucou en civil à certains moments du livre. Bref, c’est une sorte d’exercice de style pas forcément simple mais Serge Lehman livre une très bonne série de BD où il fait le lien entre deux traditions. A lire absolument ! A signaler une adaptation en jeu de rôle de très bonne qualité de cette BD qui propose plusieurs pistes de lectures.

Une des plus belles images de ces dernières années
Cette case est une merveille

Masqué c’est un peu la conséquence évidente de la brigade, pas comme une suite chronologique mais plus dans l’état d’esprit et dans la logique. C’est l’histoire d’un soldat qui rentre à Paris et qui découvre une ville en pleine mutation, remplie de travaux et d’anomalies. On retrouve des thèmes déjà abordées dans la brigade avec comme cœur la naissance d’un super-héros européen. Néanmoins le thème de la ville est omniprésent ici et, vous le savez surement, c’est un sujet qui me passionne depuis quelques années. Les premiers tomes sont un peu lents à se mettre en place mais les deux derniers sont vraiment très bon et l’auteur arrive à nous amener là où il souhaite. Surement la BD la plus classique parmi celles donc je parle aujourd’hui, les dessins sont très bons et le personnage central est iconique. Bref, une série à lire même si moins indispensable je pense.

Masqué, la classe...

Metropolis, c’est le petit dernier. Après la première guerre mondiale, les états européens construisent Metropolis une cité supranationale, acceptant les citoyens de toute l’Europe. Seulement, un jour un attentat remet la construction même de cette cité de paix en cause. L’inspecteur Faune, le citoyen numéro 1 mène l’enquête. On retrouve ici un peu une synthèse de ce qu’on avait auparavant lu et apprécié dans La Brigade chimérique et dans Masqué : super-héros (Faune sent la ville et semble en être une partie), importance et existence quasi organique de la ville, dimension européenne, références historiques et culturelles (on retrouve ici Freud, Churchill et M le Maudit) et de nombreux autres éléments. Et pour le moment, c’est vraiment très bon et cela pourrait-être mon oeuvre favorite de Serge Lehman. Indispensable aussi.

Metropolis

Ainsi, on a un ensemble de trois séries de BD indépendantes mais dans lequel l’auteur parvient à dessiner une sorte d’oeuvre globale de très grande qualité. Inutile de dire que j’attends la suite avec impatience !

PS : Tortues Ninjas : 3,5/6, mieux que prévu donc.

PPS : Etant à Nantes le weekend-end qui arrive, il n’y aura pas d’articles la semaine prochaine.

BD et super en Europe

Action !

Il y a quelque jours, je recevait un message d’un ami sortant d’une séance de cinéma. Il avait été voir Taxi Driver. Bien entendu, il avait aimé. Mais il regrettait quelque chose au sujet du cinéma actuel : l’impossibilité d’avoir des scènes calmes et posés dans les grands films ; des scènes sans action permettant d’approfondir les personnages.

Cette tronche...
Cette tronche…

Et en y réfléchissant un peu, cela m’a donné envie d’écrire cet article et de me replonger dans ce que j’avais vu ces dernières années au cinéma. Et c’est vrai qu’en général, le constat n’est pas forcément glorieux. Je me base essentiellement sur le cinéma hollywoodien parce que c’est lui qui constitue l’essentiel du cinéma grand public.

Quand on se concentre sur les blockbusters et ses réalisateurs « clones », le commentaire de mon ami est criant de vérité. Malheureusement, c’est aussi le cas pour beaucoup de « grands » réalisateurs actuels, au premiers rangs desquels Tarantino, Snyder,… Même « Dieu » Guillermo Del Toro s’y est mis…

Heureusement, il reste quelques réalisateurs bien en place qui peuvent se permettre de faire ce qu’ils veulent et qui eux arrivent encore à proposer de telles scènes (je précise que je ne parle que de films récents) : les Freadkin (Killer Joe), Scorcese (Hugo Cabret, Le Loup de Wall Street), Polanski (The Ghost Writer, La Venus à la fourrure) ou Coppola (Tetro). Bref, que des survivants du nouvel Hollywood… Auquel j’ajouterai bien entendu les frères Coen. Malheureusement, l’époque a changé et la recette semble s’être perdu d’ici là. Foutus Spielberg et Lucas, vous nous avez donné du grand cinéma mais paradoxalement vous ne lui avez pas fait que du bien… Foutus frères Weinstein, le public ne doit pas être le seul objectif du cinéma…

Heureusement encore, il reste aussi le cinéma non hollywoodien ainsi que quelques jeunes réalisateurs cherchant à montrer autre chose. Malheureusement, leurs films sont souvent qualifiés d’ennuyeux par beaucoup de spectateurs…

Non, ce n'est pas chiant, cela cherche juste à développer des trucs !
Non, ce n’est pas chiant, cela cherche juste à développer des trucs !

Bref, il reste bien de l’espoir mais c’est vrai que la situation est assez triste sur ce plan, l’action prenant de plus en plus le pas sur le reste…

Je terminerai en vous conseillant la lecture de Le Nouvel Hollywood et de Sexe, Mensonges & Hollywood, tous deux de Peter Biskind qui ont probablement eu une forte influence sur mon propos et qui permettent d’avoir une certaine connaissance de l’évolution d’Hollywood depuis la fin des années 60. Ces deux livres sont très intéressant et pleins d’histoires bien funs.

Action !

Des films imparfaits…

L’idée de cet article m’a été donné par celui sur Snowpiercer ainsi que par une assez longue discussion sur Sunshine de Danny Boyle au cours d’une soirée. Ce sont deux films que j’apprécie énormément et, pour moi, Sunshine est dans les tous meilleurs films, si ce n’est le meilleur, de la décennie 2001/1010.

Le casting y est nickel. Il y a quand même Cillian Murphy, Chris Evans, Rose Byrne et Mark Strong avant qu’ils commencent à jouer dans tout ce qui passe face à Michelle Yeoh. Et tous sont très bon, surtout les deux jeunots qui, pour moi, se révèlent bien dans ce film. Et Benedict Wong que j’aime bien mais c’est parce que j’ai regardé Prey, The Wrong Mans et Top Boy ces dernières semaines (trois séries anglaises de qualité où il est très bon). Le scénario est béton. Trois parties très fortes et cohérentes et qui se tiennent bien. Je pense que c’est assez dur de dire le contraire, on peut certes ne pas aimer la direction prise par la dernière partie mais c’est bien amené et c’est somme toute logique. Après je ne veux pas trop spoiler mais je pense vraiment qu’il faut la voir comme une énorme métaphore cette dernière partie et pas la prendre au pied de l’image.

Enfin, le gros point fort du film, visuellement (et au niveau de la musique), c’est juste parfait. On se prend des images magnifiques tout au long du film et les effets spéciaux restent nickels encore 7 ans après. Boyle arrive à transformer le soleil en un personnage à part entière et lui insuffler une aura de super-héros.

Après, il ya un clairement un problème dans les personnages « humains » qui sont tous extrêmement caricaturaux et simpliste. C’était d’ailleurs la principale contradiction de mon interlocuteur (qui reconnaissait la qualité globale du film mais que cet élément avait déçu). Mais pour moi c’est totalement voulu et cela contribue à la force du film. En effet, le protagoniste principal du film, c’est le soleil. Le second protagoniste, c’est l’ensemble vaisseau/équipage. Ajouter là dessus des personnages forts et complexe, c’est risquer de faire passer l’essentiel au second plan. Donc, pour moi, ce manque de profondeur dans les personnages est totalement légitime.

Ainsi, Boyle a son parti pris de départ et tout ses choix vont dans cette direction. Pas de concession, pas de volonté de plaire, rien. Il mène son film là où il le souhaite et reste totalement cohérent dans ses choix. Résultat, il te prend aux tripes, ce film. Et franchement, des émotions aussi fortes t’en a pas si souvent au cinéma et tu t’en souviens lorsque cela arrive !

Bwaaaaaah. J’ai écouté cela pendant que je rédigeais cet article. C’est juste nickel. Bref, ce film a de gros défauts mais il n’en reste pas moins parfait à mes yeux. Le mec vient avec son idée et la défend jusqu’au bout en ne cédant apparement pas un pouce que cela soit à ses spectateurs ou à ses producteurs. Et franchement, c’est ce que je veux au cinéma en ce moment. Des mecs qui défendent leur conception de leur film et nous le livrent. Et tant pis pour les défauts. Et on peut faire le même genre de constat avec Snowpiercer. En cherchant un peu ce qui m’a marqué ces dernières années, d’autres exemples me viennent en tête :

-Les Sorcières de Zugarramurdi de Álex de la Iglesia : c’est un film extrêmement fouillis qui a tendance à partir dans tous les sens. Mais De la Iglesia assume totalement cela et en profiter pour se lâcher. Résultat, mon coup de cœur de 2014 pour le moment !

-Cloud Atlas de Tom Tykwer, Andy et Lana Wachowski : c’est un film extrêmement ambitieux sur tous les plans (scénaristiquement, visuellement et métaphoriquement) mais franchement le résultat n’est pas complètement à la hauteur des promesses (comme d’habitude avec les Wachowski?). Il n’empêche qu’ils ont tout fait pour y arriver et que l’on sent cette ambition ce qui donne un résultat très agréable à regarder.

-Only Lovers Left Alive de Jim Jarmusch : je ne suis pas forcément grand fan (ni connaisseur) de Jarmusch. Et là, on a un film vraiment très lent. On s’ennuie pas mal, dans cette sorte de torpeur. Problématique ? Certes ! Mais c’est une torpeur voulue, contribuant à montrer la vision que le réalisateur a des vampires. Et au final, ce défaut contribue à aller dans ce sens et ainsi au succès du film.

-Les films de Quentin Dupieux. Chez lui, il n’y a pas qu’un seul défaut mais c’est est bardé. Acteurs moyens, blagues parfois potaches, réalisation hésitante, scénario aberrants ou inexistant,… Mais toutes ces tares ne donnent pas des films médiocres. Au contraire, on a de véritables essais sur un autre cinéma sans nul autre pareil…

Comment ça va être trop bien !
Comment ça va être trop bien !

On peut même aller jusqu’à Les Gardiens de la Galaxie si on veut parler d’un blockbuster. Tout dans ce film vise un but : un film de super-héros fun. Et tout va dans cette direction. Basta pour le reste. C’est ce qui fait qu’il marche si bien, soit si bon. Alors qu’en tant que pur film de super, c’est pas vraiment ça!

Notons quand même qu’il y a une certaine virtuosité derrière la caméra et des visuels très aboutis dans tous les films cités dans cet article… Et à chaque fois, ce sont des OVNIs, qu’on peut difficilement rapprocher d’autres films tant leurs propos sont originaux. Et ce sont toujours des films portés par des réalisateurs qui ont leurs idées sur le cinéma et s’évertuent à les défendre.

Bref, j’ai envie de films avec une personnalité. Et tant pis pour les défauts ! Ou tant mieux…

Pour moi, la meilleure scène de l’année ! Et j’ai pas l’ombre d’un doute.

PS : Gone Girl = 5 sur 6

Des films imparfaits…

Snowpiercer, le transpercécran

Cette semaine, j’ai revu Snowpiercer. Et j’ai encore trouvé cela génial. Oui, aujourd’hui, je me prononce direct (l’article sera un peu court à mon goût, je manque de temps) ! Donc Snowpiercer c’est un Sud-Coréen qui adapte une bédé française aux Etats-Unis. Un étrange mélange des styles qui donne une sorte d’OVNI, un film ne ressemblant à aucun de ceux qu’on a pu voir ou qu’on pourra voir.

En gros, c’est un film post-apo où la terre est prise dans une nouvelle ère glacière provoquée par l’humanité. Et les seuls survivants sont réfugiés dans un train qui fait le tour du monde à grande vitesse. Dans ce train est reconstitué un ordre social extrêmement inégalitaire (les pauvres entassés au fond et plus on avance dans le train, plus les habitants sont riches).

Tchou-tchou!
Tchou-tchou!

La principale force de ce film, c’est le visuel : c’est juste magnifique, que cela soit l’intérieur du train ou l’extérieur. Chaque plan et lieux regorgent de détails et on sent bien le travail énorme de Bong Joon-ho là dessus. Le mec sait filmer.

Ca claque, non ?
Ca claque, non ?

Chris Evans a le rôle central. Une tête connue, pas des plus charismatique mais qui sait imposer une présence quand il est bien dirigé (Sunshine, Captain). Et ici, c’est encore un cran au dessus. Il me semble bien meilleur qu’à son habitude et est parfait pour le rôle qui lui est confié. Son seul problème c’est Song Kang-ho. Lui, il a l’habitude de surnager (Le Bon, la Brute et le Cinglé, Memories of Murder ou chez Park Chan-wook) et là c’est encore plus impressionnant. Ce mec a juste un charisme fou ! A côté de ces deux hommes, quelques têtes connues (Ed Harris, John Hurt, Tilda Swinton, Octavia Spencer et Jamie Bell) sont irréprochables et plein de seconds rôles font du très bon boulot !

Yen a un qui a la classe. Et l'autre c'est captain.
Yen a un qui a la classe. Et l’autre c’est captain.

Le scénario, par contre, c’est probablement là qu’on peut trouver quelques défauts, en particulier au niveau du rythme et de divers manques. Mais c’est minimal et l’histoire est solide et on sent que Bong Joon-ho cherche à nous faire passer un message. Par contre, la fin ouverte suscite le débat. Personnellement, je pense que c’est une des principales forces du film : elle n’impose pas vraiment une réponse et laisse le choix.

Bref, ya pas mal de défauts mais on s’en moque. Les qualités sont tellement présentes et l’objet cinématographique que nous propose Bong Joon-ho est tellement original qu’on oublie les quelques soucis et qu’on ne peut qu’apprécier. Bref, un film complet et un bon 6/6 !

PS : Horns 3.5/6

Snowpiercer, le transpercécran